Cinquante ans après sa création dans les montagnes de Santa Cruz, la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) continue de fasciner et d’inspirer. Dans une interview exceptionnelle célébrant cet anniversaire, John Grinder, co-fondateur de cette approche révolutionnaire, revient sur les origines, les principes fondateurs et l’avenir de la discipline qu’il a co-créée avec Richard Bandler dans les années 1970.
« Il y a une différence entre l’imitation et la modélisation », affirme Grinder dès le début de son intervention. Cette distinction fondamentale constitue l’ADN même de la PNL. Lorsque Grinder, alors linguiste formé à l’université de Californie à San Diego, a rencontré Richard Bandler, ce dernier imitait brillamment Fritz Perls et Virginia Satir. Mais l’imitation seule avait ses limites.
La contribution décisive de Grinder fut d’apporter sa formation en syntaxe, particulièrement inspirée par les travaux de Noam Chomsky. « C’était une forme de mathématiques pour moi », explique-t-il en évoquant la précision des modèles linguistiques qu’il étudiait. Cette rigueur analytique permit de passer de l’imitation à l’extraction de patterns sous-jacents – l’essence même de la modélisation.
Le méta-modèle, premier grand apport théorique de la PNL, repose sur un principe simple mais puissant : le langage naturel est hautement structuré, et chaque partie du discours (noms, verbes, adverbes) possède des processus de spécification. « Le méta-modèle est un modèle d’interrogation », précise Grinder. « Vous ne l’utilisez jamais efficacement sans avoir établi et maintenu un rapport avec la personne, car vous êtes en train d’interroger. »
Ce qui distingue fondamentalement le méta-modèle des autres approches thérapeutiques, c’est son objectif. « À la fin d’une session idéale avec un client, vous, en tant que praticien, ne savez rien de plus qu’au début », révèle Grinder. L’objectif n’est pas que le thérapeute comprenne, mais que le client découvre par lui-même ce qui doit changer. « La forme la plus profonde de compréhension, c’est d’agir efficacement », martèle-t-il.
Si le méta-modèle constitue l’ossature linguistique de la PNL, la calibration en est le système nerveux. Grinder y revient constamment tout au long de l’interview, la qualifiant de « mère de toutes les compétences ».
La calibration, c’est la capacité à utiliser ses canaux sensoriels avec précision pour détecter les changements d’état chez une personne – les signaux qui proviennent directement de l’inconscient. « La clé qui nous a permis de faire ce que d’autres n’avaient pas pu faire jusqu’alors, c’était la calibration », affirme-t-il. Richard Bandler possédait ce qu’il appelle une « intelligence de la rue », un contact visuel, auditif et kinesthésique remarquable avec les gens. Grinder, lui, avait développé ces compétences dans le travail de renseignement.
L’anecdote sur Milton Erickson illustre parfaitement l’importance de cette compétence. Erickson prétendait pouvoir déterminer, simplement en observant quelqu’un marcher de la porte à la chaise dans son bureau en Arizona, si cette personne avait une liaison extraconjugale. « C’était un calibrateur superbe », commente Grinder. « Il pouvait voir, entendre et, lors des rares fois où il utilisait le contact tactile, sentir des différences étonnamment subtiles dans l’état de la personne avec qui il travaillait. »
Une des contributions les plus importantes de Grinder à la compréhension de la PNL concerne la distinction entre modèles de processus et contenu. « Je ne connais pratiquement aucune autre forme de psychothérapie, de coaching ou de life coaching qui fasse cette distinction fine et précise entre processus et imposition de contenu », déclare-t-il.
Travailler avec des modèles de processus offre deux avantages majeurs. Premièrement, cela donne au praticien la liberté d’innover continuellement, d’essayer différentes approches jusqu’à ce que la calibration indique qu’on progresse dans la bonne direction. « Il n’est pas nécessaire qu’il y ait une connexion logique entre ce que vous faisiez et ce que vous faites maintenant qui fonctionne », explique Grinder.
Deuxièmement, et c’est peut-être le plus important, cette approche respecte profondément le client. « Le client aura des opinions, des croyances, des actions, des réponses au monde qui l’entoure différentes des vôtres. Vous n’avez aucun droit d’imposer vos croyances et valeurs particulières à vos clients », insiste-t-il. Le rôle du praticien est de manipuler – « dans le sens le plus positif du terme » – l’état du client pour qu’il ait des choix, sans jamais imposer son propre contenu.
Interrogé sur ce qui rendait sa collaboration avec Richard Bandler si fructueuse, Grinder identifie trois éléments clés. D’abord, leur excellence commune en calibration. Ensuite, leur refus catégorique d’accepter l’échec. « Nous n’avions pas peur d’échouer parce que nous reconnaissions que c’était simplement une étape dans l’exploration de l’ensemble des choix », explique-t-il.
Le troisième élément est particulièrement évocateur : la métaphore musicale. Grinder, qui jouait de la contrebasse avant de devenir percussionniste spécialisé dans les polyrythmes d’Afrique de l’Ouest, compare leur collaboration à un quartet de jazz. « Dans la musique, qu’est-ce qu’une erreur ? Si vous êtes bien connectés et que quelqu’un s’écarte de la ligne de basse que vous jouez, ce n’est pas une erreur. C’est une invitation. »
Cette métaphore capture l’essence même de leur approche : « La seule erreur que vous pouvez faire, c’est de vous arrêter. Si vous vous arrêtez, le jeu est terminé. » Tant qu’on continue, on peut toujours trouver de nouveaux riffs, de nouvelles façons de répondre, d’améliorer et d’élargir ce qui se passe.
Vers la fin de l’interview, Grinder lance un appel vibrant à la communauté PNL mondiale. « Il y a des milliers de personnes qui regardent et écoutent », constate-t-il, évoquant le chemin parcouru depuis « deux gars qui erraient dans les montagnes de Santa Cruz dans les années 70. »
Mais ce qui l’intéresse vraiment, c’est le prochain grand saut : « Qui modélise là-bas ? Qui crée de nouveaux patterns ? Qui code les choses étonnantes que d’autres êtres humains font actuellement ? Et la réponse est : pas beaucoup. »
Son message est sans équivoque : « Ne soyez inspirés par ce que Richard et moi avons fait qu’en un seul sens. Vous pouvez le faire aussi. Sortez et faites-le. » Il encourage vivement les praticiens à ne pas se contenter d’appliquer les modèles existants, mais à retourner à l’essence de la PNL : « Trouvez quelqu’un qui est un génie dans quelque chose et faites en sorte que cela se reproduise encore et encore. »
Grinder souligne qu’il n’y a pas de pénurie d’excellence dans le monde. Ce qui manque, ce sont les personnes avec la calibration nécessaire pour la reconnaître et le courage de la répliquer et de la coder. « C’est le moment de rembourser », déclare-t-il. « Si vous avez trouvé ou bénéficié de l’application du travail que Richard et moi avons fait, sortez là-bas et trouvez quelqu’un qui est un génie dans quelque chose. »
Cinquante ans après sa création, la PNL de John Grinder et Richard Bandler demeure une approche radicalement différente du changement humain. Son insistance sur la calibration plutôt que sur la compréhension, sur le processus plutôt que sur le contenu, sur l’autonomie du client plutôt que sur l’expertise du thérapeute, continue de la distinguer.
Mais peut-être que le message le plus important de Grinder pour cet anniversaire est celui-ci : la PNL n’est pas un ensemble figé de techniques à apprendre par cœur. C’est une méthodologie vivante de modélisation de l’excellence humaine. « Le codage de patterns est le cœur et l’âme de la modélisation, le point central de la PNL », conclut-il.
L’avenir de la PNL ne réside pas dans la répétition de ce qui a été fait, mais dans l’application de ses principes fondamentaux – calibration, modélisation, respect du processus – à de nouveaux domaines d’excellence. Après 50 ans, l’aventure ne fait que commencer.
Souriez, la vie est belle.
Soyez doux avec vous-même
Créateur de l’Institut Gautier