Il y a cinquante ans, deux chercheurs américains posaient les bases d’une approche qui allait révolutionner notre compréhension du changement humain. Dans une interview récente, Richard Bandler, cofondateur de la Programmation Neuro-Linguistique (PNL), revient sur cette aventure intellectuelle extraordinaire qui continue d’influencer des millions de personnes à travers le monde.

Une rencontre décisive à l’université

Tout commence à Kresge College, une université californienne nouvellement créée. Richard Bandler, étudiant en dernière année, rencontre John Grinder, jeune professeur qui deviendra son partenaire de recherche pendant plus d’une décennie. Grinder possédait un modèle théorique du cerveau sans application pratique. Bandler, lui, modélisait déjà le travail de thérapeutes exceptionnels comme Virginia Satir et Fritz Perls avec des outils qu’il qualifie aujourd’hui d’« archaïques ».

De cette rencontre naîtra une collaboration intense : des nuits entières passées à lire des milliers d’articles scientifiques, à élaborer des équations sur un tableau noir, à interviewer les plus grands esprits de l’époque. Ensemble, ils écriront neuf livres et créeront les fondements de ce qui deviendra la PNL.

Les deux piliers fondamentaux de la PNL

Bandler insiste sur l’importance de reconnaître les véritables innovations qui ont émergé de cette collaboration :

Le méta-modèle du langage, inspiré des travaux de Noam Chomsky, permet d’explorer et d’élargir la carte mentale que chaque personne construit du monde. C’est un outil puissant pour nettoyer ou étendre les représentations limitantes au-delà de leur territoire habituel.

Le « four-tuple », une syntaxe et un calcul de l’apprentissage qui permet de capturer les compétences d’une personne et de les transférer à une autre. Cette innovation fondamentale transforme la thérapie en science de l’apprentissage accéléré.

La découverte qui a tout changé

Parmi les moments décisifs, Bandler évoque la lecture du livre de Moshe Feldenkrais. Cette lecture les a conduits à explorer le conditionnement stimulus-réponse et à développer le concept d’ancrage : l’idée qu’un état émotionnel peut être rappelé instantanément par un stimulus précis, comme un toucher.

« Nous nous sommes regardés, John et moi, avec une expression de surprise totale. Cela ouvrait la porte à des possibilités infinies », se souvient Bandler.

Plus révolutionnaire encore fut la découverte des mouvements oculaires comme indicateurs des processus de pensée. Comment est-il possible que personne n’ait remarqué ces patterns depuis la nuit des temps ? Pourtant, lorsqu’ils ont demandé à des gens de visualiser les yeux de leur mère, d’entendre une mélodie ou de ressentir une sensation physique, les mouvements oculaires suivaient des schémas prévisibles et reproductibles.

Apprentissage plutôt que réparation : une révolution conceptuelle

La grande rupture de la PNL avec la psychothérapie traditionnelle réside dans son paradigme fondamental. Bandler critique vivement l’approche freudienne qui domine encore aujourd’hui : investiguer le passé, comprendre ce qui s’est mal passé, et espérer qu’un « aha! » miraculeux règlera tout.

« Une grande idée, essayée pendant cent ans. Ça ne marche tout simplement pas », affirme-t-il sans détour.

À la place, la PNL propose une vision radicalement différente : si le cerveau peut apprendre des comportements dysfonctionnels, il peut tout aussi rapidement apprendre des comportements fonctionnels. Quelqu’un qui développe une phobie en tombant dans une rivière à cinq ans a appris cette peur en quelques minutes. Pourquoi faudrait-il des années pour la désapprendre ?

Des résultats qui défient les conventions

L’un des moments les plus marquants de la carrière de Bandler s’est déroulé lors d’une grande convention de psychanalyse à l’Institut Albert Einstein. Après qu’un psychanalyste et Carl Whitaker eurent chacun vu un client, Bandler a travaillé avec une personne souffrant d’une phobie des pigeons si intense qu’elle devait entrer par la porte arrière pour éviter les milliers de pigeons dehors.

Vingt minutes plus tard, cette personne chassait les pigeons.

Une psychanalyste, absorbée par ses notes, a levé les yeux pour dire : « Désolée, j’étais en train d’organiser mes notes. Qu’est-ce qui s’est passé ? » L’idée qu’une personne puisse changer en vingt minutes était tout simplement inconcevable pour elle.

Pour Bandler, c’est même plus facile de changer rapidement. « Si vous regardiez une image d’un film toutes les heures, vous n’auriez aucune idée de ce qui s’est passé. Mais quand vous les reliez toutes et les faites défiler, vous savez exactement ce qui s’est passé. Nous apprenons en créant des patterns d’expérience. »

La persévérance comme philosophie

Bandler attribue une grande partie de son succès à une qualité qu’il a apprise de Virginia Satir : la persévérance absolue. Satir pouvait travailler 12 à 15 heures d’affilée jusqu’à ce que les gens soient sur le point de s’effondrer. Elle était simplement déterminée à obtenir un résultat.

« Je suis à peu près pareil. Je n’abandonne tout simplement pas. J’essaie à peu près n’importe quoi. Et si les outils que j’ai ne fonctionnent pas, alors je commence à en créer de nouveaux. »

Cette approche l’a conduit à travailler avec des clients abandonnés par leurs psychiatres, des personnes qu’on lui disait condamnées à rester OCD, dépressives, incapables de changer. Pour Bandler, c’est une grave sous-estimation de la nature fantastique du cerveau.

« Le cerveau contient autant de neurones qu’il y a d’étoiles dans le ciel. Et je ne parle pas de celles que vous pouvez voir. Je parle de toutes les étoiles. Point. » Cette plasticité infinie signifie que changer sa façon de penser peut changer ce que l’on ressent et donc ce que l’on est capable de faire.

Un héritage vivant et en expansion

Cinquante ans après ses débuts, que devient la PNL ? Pour Bandler, son héritage ne réside pas dans une théorie figée, mais dans les milliers de personnes qu’il a formées à maîtriser ces compétences avec précision.

« La PNL n’est pas vivante. Son avenir dépend de nous tous. »

Il voit l’avenir de la PNL dans des domaines variés : l’éducation (où il déplore qu’on enseigne encore la phonétique alors qu’on ne peut même pas épeler « phonétique » phonétiquement), la formation militaire, le renseignement, les ventes, et toute discipline où l’apprentissage accéléré peut faire la différence.

Actuellement, Bandler travaille sur un nouveau projet utilisant les technologies modernes de cartographie cérébrale, bien plus sophistiquées que les « mind mirrors » des années 70 et 80. Il cherche à catégoriser les états cérébraux avec une précision sans précédent, poursuivant ainsi le travail de Feldenkrais et d’autres pionniers.

PNL et manipulation : démystification

À ceux qui demandent si la PNL n’est pas manipulative, Bandler répond avec une franchise désarmante : « Manipuler signifie déplacer d’un endroit à un autre de manière intentionnelle. Et je pense que c’est une bonne idée de faire les choses intentionnellement. »

Il souligne que les gens se trompent mutuellement depuis la nuit des temps, se conditionnent mentalement les uns les autres avec des croyances sur ce qui est bien ou mal, la bonne ou la mauvaise religion. L’univers est infini, il devrait y avoir de la place pour un nombre infini d’idées.

Mais ces idées doivent être testées et s’assurer qu’elles améliorent nos vies.

« La PNL, c’est la liberté. Liberté de pensée, liberté d’action, et la capacité de rendre plus de moments de votre journée heureux et moins de moments malheureux. »

Conclusion : un calcul du changement pour tous

En réfléchissant à ces cinquante années, on réalise que Richard Bandler et John Grinder ont accompli quelque chose de remarquable : ils ont créé un langage pour parler du changement humain, des outils pour le provoquer rapidement, et une méthodologie pour transmettre ces compétences.

Le reste du monde continue de rattraper ce qu’ils ont construit dans ces années intenses de collaboration. Les fondations ont été posées, le calcul de l’apprentissage existe, et il se diffuse partout.

Comme le dit Bandler : « Nous devrions tester nos idées et nous assurer qu’elles rendent nos vies meilleures. »

C’est peut-être là l’essence même de la PNL : non pas une collection de techniques figées, mais une invitation permanente à explorer, tester et élargir les frontières de ce que nous croyons possible pour nous-mêmes et pour les autres.


Cet article est basé sur une interview récente de Richard Bandler réalisée à l’occasion des 50 ans de la PNL.

Image de Yannick Gautier

Yannick Gautier

Souriez, la vie est belle.

Soyez doux avec vous-même

Créateur de l’Institut Gautier

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